Poursuites judiciaires contre OpenAI : quels litiges en cours ?

En mars 2024, un juge fédéral de New York a rejeté la majorité des plaintes déposées par des écrivains contre OpenAI, tout en laissant subsister des points de litige concernant l’utilisation de contenus protégés par le droit d’auteur. Plusieurs maisons d’édition et auteurs poursuivent aussi l’entreprise sur des bases similaires, contestant la légalité de l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle à partir de textes soumis au copyright.

Le débat s’étend désormais aux questions de responsabilité, à la portée des exceptions de fair use et au flou juridique entourant l’exploitation massive de données par les géants technologiques. Les décisions attendues pourraient façonner l’encadrement de l’intelligence artificielle aux États-Unis et au-delà.

OpenAI face à la justice : panorama des litiges en cours

Le terrain judiciaire ne désarme pas pour OpenAI. Les poursuites judiciaires contre OpenAI s’enchaînent, pointant la complexité des liens entre intelligence artificielle et propriété intellectuelle. Depuis que le New York Times a attaqué la société californienne en décembre 2023, l’actualité juridique s’accélère. Le journal reproche à OpenAI d’avoir utilisé des milliers d’articles protégés pour entraîner ChatGPT, sans solliciter l’accord des ayants droit. D’autres éditeurs, auteurs et groupes de presse ont suivi le mouvement.

Au cœur du bras de fer : la question de la violation du droit d’auteur ou d’un usage autorisé par le fair use à l’américaine. Les tribunaux sont appelés à trancher. Plusieurs affaires emblématiques cristallisent les débats :

  • Un recours collectif mené par des romanciers américains, dont Sarah Silverman, qui dénoncent l’utilisation non consentie de leurs œuvres pour former les modèles d’IA.
  • Des actions intentées par des éditeurs scientifiques, inquiets de voir leurs contenus protégés extraits et utilisés sans contrôle.
  • La plainte du New York Times, qui pointe le risque d’appauvrissement de la valeur de l’information créée par l’humain face à la reproduction automatisée.

La protection des droits des auteurs s’impose comme un enjeu central dans ce débat, tout comme l’étendue réelle du fair use face à la montée en puissance des algorithmes. Chaque décision, chaque arbitrage, contribue à redessiner les contours juridiques de l’innovation. Les professionnels du secteur observent de près : la rapidité des évolutions en matière d’IA générative oblige à repenser les repères classiques du droit et de la création.

Quels sont les enjeux autour des droits d’auteur et de l’utilisation des données ?

La tension autour de l’utilisation des contenus protégés pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle bouleverse les piliers de la propriété intellectuelle. OpenAI s’appuie sur d’immenses volumes de textes issus du web, de livres ou de journaux pour façonner ses modèles. Mais où s’arrête l’exploitation licite et où commence la violation du droit d’auteur ? Auteurs et éditeurs exigent une reconnaissance claire de la valeur de leurs créations, certains demandant l’interdiction pure et simple, d’autres une rémunération à la hauteur de l’utilisation.

La question de l’utilisation d’œuvres protégées par ChatGPT lors de la phase d’entraînement s’invite désormais devant les tribunaux. Les avocats d’OpenAI invoquent le fair use américain pour défendre certains usages sans autorisation préalable, tandis que les titulaires de droits dénoncent une exploitation massive sans contrepartie. Le débat s’étend aussi à l’exploration de textes et de données (text and data mining), dont les contours restent flous, même si le droit européen tente d’en baliser l’usage.

Un autre point s’impose : la gestion des données personnelles. L’entraînement de ces modèles implique le traitement d’un volume colossal de données, parfois sensibles. La protection des utilisateurs et la conformité au RGPD en Europe viennent s’ajouter à la question des droits d’auteur. Les frontières se brouillent : chaque décision judiciaire participe à façonner le futur de l’exploitation des contenus protégés à l’ère de l’IA.

Quels sont les enjeux autour des droits d’auteur et de l’utilisation des données ?

Le jugement rendu à New York en mars dessine un jalon clé dans la série de poursuites judiciaires contre OpenAI. Le New York Times accuse la société d’avoir utilisé ses articles pour entraîner ChatGPT, posant de front la question du fair use américain. Le juge invite à analyser la notion : l’utilisation d’œuvres protégées dans le développement de l’intelligence artificielle relève-t-elle d’un usage « équitable » ou d’une violation du droit d’auteur ?

Les arguments s’affrontent. OpenAI défend le caractère transformateur de ses modèles, capables de générer des textes nouveaux sans recopier à l’identique. Face à eux, les éditeurs dénoncent la captation et l’utilisation commerciale de contenus protégés. Pour l’instant, le juge temporise : pas de position définitive sur le fond, mais une procédure qui accélère la clarification attendue sur le principe du fair use face à l’intelligence artificielle générative.

Les répercussions dépassent largement le cas OpenAI. Toute l’industrie de l’IA générative, et bien au-delà, les autres géants technologiques, se trouve concernée. La jurisprudence à venir doit tracer la limite entre innovation et protection des droits d’auteur. Certains juristes s’interrogent déjà : faut-il adapter la législation existante ou inventer de nouveaux mécanismes de rémunération et de contrôle ? La bataille judiciaire ne fait que commencer, chaque décision, même temporaire, influe sur les stratégies et les équilibres du secteur.

Jeune femme marche devant un palais de justice en vérifiant son smartphone

Vers une régulation de l’IA : défis et perspectives pour le secteur

L’intelligence artificielle générative occupe désormais une place de choix dans l’agenda des régulateurs. Le RGPD européen s’affirme comme un premier rempart pour la protection des données personnelles, même si son efficacité reste bousculée par la rapidité d’évolution des modèles d’OpenAI et de ses concurrents. Enquête après enquête, le régulateur italien, puis la CNIL, s’attaquent au sujet. Pendant ce temps, des géants comme Microsoft et Apple discutent âprement l’accès à leurs plateformes. L’App Store devient un nouvel espace de négociation, révélant les tensions entre ouverture, sécurité et contrôle.

Les textes actuels, que ce soit le code de la propriété intellectuelle en France ou le Copyright Act aux États-Unis, peinent à suivre le rythme des avancées technologiques. Les cabinets d’avocats spécialisés recherchent désormais des experts en droit des algorithmes, et les autorités publiques réfléchissent à de nouveaux dispositifs de régulation. Faut-il imposer davantage de transparence ? Mettre en place une rémunération pour l’utilisation d’œuvres lors de l’entraînement ? Le débat reste vif, en particulier sur la ligne de crête entre innovation et protection des créateurs.

Pour mieux cerner les pressions et initiatives actuelles, voici les principales dynamiques à l’œuvre :

  • Des exigences croissantes pèsent sur les plateformes d’intelligence artificielle : normalisation technique, audits, contrôle des jeux de données.
  • Une mobilisation grandissante des ayants droit, avec une multiplication des actions collectives.
  • La recherche d’un compromis européen autour du futur IA Act, susceptible de rebattre les cartes dans tout le secteur.

Le terrain de la régulation se tend. Les pouvoirs publics veulent éviter la dispersion des règles, pendant que les entreprises technologiques s’inquiètent d’un empilement de contraintes. Mais au fil des procédures et des débats, le secteur doit trouver son équilibre : continuer à innover, garantir la confiance des usagers, sans sacrifier la juste reconnaissance des créateurs. Un défi de taille, dont l’issue écrira la prochaine page des relations entre IA et société.

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